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Ai-je une dette envers mes parents ?

Ai-je une dette envers mes parents ?

Sommaire

  Il y a de cela quelques semaines, je discutais avec une connaissance sur les passions. L’échange tournait essentiellement sur le fait qu’en Afrique c’était un peu difficile de s’adonner librement à sa passion. Une des raisons évoquées était que trop souvent, on suit à la lettre ce que les parents décident pour nous. D’ailleurs est-ce qu’on peut même refuser ?  En poursuivant mes réflexions, je me suis demandé si on avait réellement une dette envers nos parents.

Je ne dois rien à mes parents

Pendant bien longtemps, je pensais que j’avais une redevance envers mes parents. Surtout ma mère. Toute seule, elle s’est occupée de moi pendant quinze longues années. Il fallait donc qu’elle vive sa plus best life avant qu’elle ne passe l’arme à gauche. Cependant j’avais tort. Je ne dois rien à ma mère. Je ne dois rien à mon père. On ne doit rien à nos parents. En tant qu’enfant, on a tendance à penser qu’on doit à nos parents pour certaines raisons que je vais développer.Une des raisons est que l’on pense qu’on doit remercier nos parents parce qu’ils nous ont mis au monde. Faux ! Moi je ne trouve pas qu’il y ait une obligation inhérente. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’on n’avait pas le choix ni aucune influence sur nos parents sur leur décision de procréer. En d’autres termes on n’a pas demandé à naître. C’est quelque chose qu’ils ont fait de leurs propres grés sachant très bien les implications qu’il y avait en ayant un enfant.

Qu’en est-il d’un enfant conçu par accident ?  Par exemple en raison de l’échec de la contraception ou pire d’un viol ? Je pense que même si le geste de la part du parent est noble de choisir de ne pas avorter le fœtus et d’accoucher, la réponse reste la même : l’enfant n’avait aucune influence. Même si la noblesse est perçue comme une vertu, elle ne crée pas une obligation en soi.

Je pensais qu’il fallait une redevance à mes parents beaucoup plus sur le plan financier à cause de tout ce qu’ils ont sacrifié pour moi. Je me disais que c’était la moindre des choses. C’était un devoir pour moi de le faire. J’ai vécu dans un environnement où on me rappelait sans cesse les sacrifices pécuniaires que mes parents avaient fait pour moi. On me répétait sans cesse : « Evolue vite pour pouvoir payer à tes parents leurs années de souffrance pour toi. C’est ce qu’un enfant doit faire pour ces parents ». Je ne sais pas où ils ont déniché tout ces propos mais j’ai vraiment tout gobé en ce temps.

Ne pas confondre gratitude et récompense !

Aujourd’hui mon avis a changé. Je crois que si l’enfant est considéré comme un déficit économique, ceux sont les parents qui ont créé ce déficit. On ne se lève pas du jour au lendemain pour vouloir un enfant. Ça se prépare. Selon moi c’est le devoir des parents dans un sens incontestable de financer l’éducation de leurs enfants au moins jusqu’au lycée et peut-être même jusqu’à l’université mais tout dépend de la situation financière. A mon avis, il est aussi dans l’obligation des parents de financer toutes les nécessités de base de leurs enfants. Par nécessité de base, je fais allusion aux besoins raisonnables telles que la nourriture, les vêtements etc. Ils doivent faire tout ça sans en attendre rien en retour.

Enfin on se dit que parce que nos parents nous ont apporté des choses que l’on ne peut quantifier par une valeur monétaire, on a une dette envers eux.  Je veux parler de l’amour, du fait qu’ils nous ont soutenu moralement…Négatif ! Parfois certains parents ont de grandes compétences parentales, parfois moins, d’autres fois ce sont des compétences parentales tellement néfastes que leurs impacts se reflètent sur l’enfant par après. C’est le cas par exemple des enfants maltraités. Dire qu’un enfant maltraité sur tous les sens aurait une dette envers ceux qui l’ont maltraité est totalement dénuée de sens. En tout cas moi je ne l’aurais pas fait.

Est-ce que cela veut dire que je ne ferai rien pour mes parents ? Non, je ferai bien quelque chose. Mais ce que je veux vous faire comprendre c’est que je le ferai plutôt en signe de gratitude et non comme une récompense pour ce qu’ils ont fait pour moi.

Il faut aussi faire une concession ou voir ce qu’implique réellement la gratitude. La gratitude doit être une reconnaissance envers ses parents pour les dépenses et les ennuis encourus. Cela ne veut pas dire que c’est une sorte de servilité et un respect incontesté de leurs souhaits concernant la religion, l’amour, le choix de carrière entre autres . Cette gratitude n’implique pas non plus le fait que les souhaits des parents doivent remplacer les nôtres.

Je comprends le fait de vivre par procuration à travers son enfant mais il faut aussi savoir qu’un enfant n’est pas un retour sur investissement ou un bon plan de retraite. Un enfant est une personne qui a aussi sa vie à lui. C’est ce que dit justement ce poème de Khalil Gibran :

Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit,

Parlez-nous des Enfants.

Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.

Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,

Ils viennent à travers vous mais non de vous.

Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,

Car ils ont leurs propres pensées.

Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,

Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,

Pas même dans vos rêves.

Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,

Mais ne tentez pas de les faire comme vous.

Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.

L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance

Pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.

Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie;

Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.

5 réponses

  1. Je suis de ceux qui pensent qu’on doit reconnaissance à nos parents, mais on ne leur doit rien. Aujourd’hui où je suis parent moi-même, cette croyance est renforcée. Mon enfant ne me doit rien. Je l’ai fait venir au monde, mon rôle est de lui offrir le meilleur pour un démarrage de sa vie à la mesure de mes moyens tant financiers qu’autres. Et oui, il y a une part d’égoïsme car je souhaite que mon enfant bénéficie de ci ou ça, tant pour lui que pour moi.

    A la fin de la journée je n’attends pas la totalité de son salaire. J’attends qu’il soit épanoui et poursuive sa vie afin que je puisse poursuivre la mienne.

  2. Moi je suis parfaitement d’accord et j’ai compris ce truc depuis quelques temps.
    Sauf que les parents ne le voient pas comme ça
    En général c’est eux le problème
    Moi personnellement la première fois que j’ai dit à ma mère « je ne vous doit rien je n’ai pas choisi de venir au monde  » elle l’a très mal pris
    Du coup en fait pour nos parents je crois que c’est mort ce qu’on peut faire c’est faire voir ce aspect de la conception à nos propres enfants afin que leurs vies soient aussi productives que leurs rêves le leur permettront

  3. Oui, très cher camarade, je suis bien d’accord avec toi. Mais il faut reconnaître qu’il y a différentes formes de redevance. A une personne qui n’a fait que te mettre au monde et qui s’est contenté d’assurer l’essentiel, il convient de montrer sa gratitude, sans plus. Un peu comme tu l’évoques. Mais dans mon cas, où j’ai eu la chance d’avoir des parents qui au delà de tout, m’ont accompagné et soutenu dans mes différents objectifs, eh bah là, je considère que je leur dois tout, car rien de ce que n’ai obtenu aujourd’hui n’aurait été possible sans eux.

    1. Je te comprends. Mais tu n’as pas expérimenté le fait qu’ils t’aient laissés pour voir si tu serais là où tu es aujourd’hui ou peut-être encore plus loin. C’est juste que selon moi, ce n’est pas une étiquette posée sur nous dès notre naissance. Il doit s’agir d’un geste de gratitude.

  4. I agree with this point, definitely. J’ai envie de dire « Augmente le volume ».

    Je pense pour ma part qu’en effet, c’est le fait de ne pas voir en la venue d’un enfant, un projet entier qui occasionne tout cela. Dernièrement, à l’hôpital j’ai écouté une bribe de conversation entre une mère et son fils, qui était devenu papa (conclusion tirée de la conversation et du physique des deux interlocuteurs). La mère qui lui dit : « Cette grossesse et cet accouchement t’ont fait énormément dépensé. En tout cas, j’espère que l’enfant-ci te le rendra comme il faut ». Voilà le genre de phrases qui sème dans l’inconscient de beaucoup de parents que leur enfant leur sont redevables, qu’ils méritent un retour sur investissement pour les efforts fournis pour élever ceux-ci.
    Pour en revenir aux passions, un parent bienveillant accompagne plutôt son enfant dans la réalisation de ce qui le rend épanoui. En Afrique, beaucoup laissent leurs rêves et passions mourir car trop occupés à réaliser ceux de leurs parents ou encore à rendre la pareille à ceux qui comme il se dit, ont trop fait de sacrifices pour qu’on soit ingrat envers eux. Pendant qu’ils le font, ils nourrissent alors une secrète envie que leur progréniture fasse de même, et voilà comment le cercle vicieux est nourri.

    En passant, merci de m’avoir fait découvrir le texte de Khalil Gibran.

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